Les 2 heures d’aide personnalisée sont un obstacle à l’aménagement des rythmes scolaires, par Alain Refalo


Contribution pour la Conférence nationale sur les rythmes scolaires

Le ministre de l'Education Luc Chatel a décidé l'ouverture d'un débat sur les rythmes scolaires. Cette initiative mérite d'être saluée car depuis l'ère Darcos, ce dossier était réellement bloqué. A l'écouter, il semble bien que le ministre aborde ce débat dans un esprit d'ouverture, ce dont il faut nous réjouir. "Je veux installer une conférence sur les rythmes scolaires, l'équilibre entre le temps de l'école, le temps de repos, les vacances, les activités sportives et culturelles", a-t-il dit. "Je veux traiter ce sujet de manière dépassionnée. Il s'agit de discuter de tout, avec tous les acteurs, de réfléchir à froid sur l'organisation de la journée, de la semaine et de l'année". Prenons donc au mot le ministre et osons formuler « de manière dépassionnée », et « à froid », des réflexions et des propositions que nous versons au débat.

Le prédécesseur de l'actuel ministre a pris deux décisions simultanées sur les rythmes scolaires qui ont singulièrement aggravé les conditions de travail des élèves et des enseignants, alors qu'au départ il s'agissait de réduire le volume horaire annuel de classe et de tenter de le rapprocher de la moyenne européenne. D'une part, il a supprimé le samedi matin faisant basculer la semaine scolaire à quatre jours, et d'autre part, il a instauré deux heures d'aide personnalisée pour les élèves en difficulté que les écoles et les communes ont du positionner sur ces mêmes quatre jours, alourdissant ainsi la journée scolaire la plus longue du monde, soit 6h + ½ heure. Nous en arrivons à ce paradoxe que Luc Chatel reconnaît : "Nous sommes parmi les pays développés qui ont le plus d'heures par an, mais le moins de jours de classe" : 144 jours de classe contre 185 à 190 dans la plupart des pays européens.

Aujourd'hui, le débat ne porte plus sur le maintien ou non de la semaine de quatre jours. Celle-ci est unanimement condamnée par la communauté éducative et scientifique depuis de nombreuses années. Elle génère davantage de fatigue et de stress et elle est fortement préjudiciable aux apprentissages des enfants. Le seul débat qui demeure est de savoir dans quelles conditions nous allons mettre en place la semaine de 5 jours (ou 4 jours et demi) incluant le mercredi matin. Dans cette perspective, le véritable changement sera d'alléger la journée scolaire à 5 heures de classe. Il faut en finir avec une journée beaucoup trop longue pour les enfants qui, par ailleurs, ont le même volume horaire, qu'ils aient trois ou onze ans.

Entrons dans les détails. Le temps horaire obligatoire est de 24h par semaine, soit 864 h de classe par an. Lorsque Xavier Darcos décide de réduire le volume hebdomadaire en faisant passer la semaine de 26h à 24h (avec la suppression du samedi), ce n'est pas forcément une mauvaise décision, puisqu'il cherche à se rapprocher de la moyenne horaire européenne. Le problème est qu'il récupère les deux heures supprimées pour mettre en place le dispositif de l'aide personnalisée pour les élèves les plus en difficulté. Il faut donc, dans l'organisation de la semaine, tenir compte de ces deux heures, même si elles ne concernent que 15 à 20% des élèves. Là est le hic. Avec 24h par semaine réparties sur cinq jours, il est véritablement possible d'aménager autrement la semaine scolaire. Avec 24h + 2h, soit 26h, il est quasiment impossible d'innover puisque, même si le mercredi matin est rétabli, la journée scolaire sera toujours de 6h. Et les élèves en difficulté continueront à travailler sur un volume horaire annuel de 913 heures par an !

Il faut donc se rendre à l'évidence. Les deux heures d'aide personnalisée, facultatives pour les élèves en difficulté, mais qu'il est obligatoire d'intégrer dans l'organisation de la semaine, sont un obstacle à l'aménagement des rythmes scolaires. De plus, sans rentrer dans le débat pédagogique qui n'est pas l'objet de cet article, tout le monde s'accorde aujourd'hui pour dire que ces deux heures supplémentaires n'apportent rien de significatif pour les élèves les plus en difficulté. Ce sont les enseignants du primaire eux-mêmes qui en font le constat et l'Inspection Générale de l'Education Nationale a elle-même émis des réserves sur son efficacité juste un an après la mise en place du dispositif. Tout récemment, deux rapports, celui de l'Institut Montaigne et surtout celui de la Cour des comptes ont fait part de leurs doutes sur la pertinence de ce dispositif qui s'ajoute à beaucoup d'autres. Ainsi, le rapport de la Cour des comptes souligne qu'il « augmente la durée de la journée de travail des élèves les plus en difficulté en moyenne d'une demi-heure, ou bien d'une heure selon les modalités choisies par l'école ». Il ajoute qu' « il n'est en effet pas certain qu'un dispositif uniforme dans sa durée et généralisé sur tout le territoire soit le mieux adapté à la diversité des besoins des élèves ».

Ma proposition d'organisation de la semaine scolaire est la suivante : une semaine scolaire sur cinq jours (ou 4 jours et demi). 5 heures de classe le lundi, le mardi, le jeudi et le vendredi, 3 heures le mercredi, ce qui fait un volume hebdomadaire de 23 heures par semaine. L'heure manquante qui représente environ une trentaine d'heures annuellement est rattrapée sur les vacances d'été qui seront réduites d'environ 8 à 10 jours. Cette organisation cumule trois avantages : une journée scolaire allégée, une semaine sans rupture, un volume horaire annuel conforme à la moyenne européenne. Elle permettra par ailleurs de dégager du temps pour une meilleure optimisation du travail en équipe au sein des écoles et de favoriser les rencontres avec les parents d'élèves.

Une fois ce cadre national défini, un débat peut s'instaurer entre les équipes pédagogiques et les communes sur la répartition des cinq heures de classe. 3h le matin et 2h l'après-midi, ou bien 3h30 le matin et 1h30 l'après-midi. Avec une pause méridienne plus importante, animée par des activités calmes et des temps de relaxation ou bien, là ou c'est possible, une pause plus courte, mais avec une prise en charge des enfants après la classe en milieu d'après-midi. Les experts en rythmes ont cependant montré que l'enfant était davantage disponible entre 15h et 17h pour des apprentissages, cela mérite d'être pris en compte.

La contrepartie de cette organisation se situe à deux niveaux :

-         Sur le plan pédagogique : même si l'aménagement de la semaine sera d'abord profitable aux élèves en difficulté, la suppression des deux heures d'aide personnalisée (situées sur le temps extra-scolaire) doit amener les enseignants à imaginer et mettre en place d'autres dispositifs d'aide et de soutien, plus efficaces, au sein de la classe, à mieux travailler en équipe, notamment avec les enseignants du RASED. Seront valorisés les dispositifs qui favorisent l'autonomie des élèves, le tutorat et l'apprentissage différencié.  La formation initiale et continue devra prendre en compte ces besoins.

-         Sur le plan communal : Les communes, avec l'aide de l'Etat si nécessaire, devront repenser le temps extra scolaire pour que les enfants bénéficient d'un encadrement adapté avant l'école, sur la pause méridienne et après l'école.

Le gouvernement, dans cette affaire, doit faire preuve de courage et prendre les décisions qui s'imposent :

1. Abandonner la semaine de 4 jours et imposer la semaine de cinq jours pour toutes les écoles, quand bien même beaucoup d'enseignants seraient attachés à leur mercredi matin.

2. Supprimer les deux heures d'aide personnalisée situées sur le temps extra scolaire, non pas pour pénaliser les élèves en difficulté, mais pour aménager qualitativement la semaine d'abord pour le plus grand profit de ces élèves qui décrochent, qui s'ennuient, et qui parfois s'expriment par la violence.

3. Aider les communes qui sont directement concernées par ce réaménagement, notamment pour qu'elles puissent organiser au mieux le temps extra scolaire.

Si l'intérêt des enfants doit être pris en compte en priorité, ma conviction est que c'est l'intérêt des enseignants que de faire évoluer l'organisation de la semaine sur ces bases. Les élèves seront moins fatigués, davantage disponibles et la qualité de l'enseignement en sera améliorée. En Finlande, le mot-clé du système scolaire est le « bien être » des élèves et des enseignants et tout est structurellement organisé pour favoriser ce « bien-être ». A l'heure de la déprime généralisée, si ce gouvernement pouvait, à l'inverse des réformes que nous avons contestées et que nous continuons à contester, prendre enfin une décision qui offre des perspectives d'enseignement qui respectent les rythmes des enfants et le travail des enseignants, je serais le premier à m'en réjouir.

 Le 26 mai 2010



25/05/2010
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