La République des castes, par L.P.

 par L.P.,  libre penseur de l'Hérault


20 décembre 2007 : Funeste déclaration de Nicolas Sarkozy à St-Jean-de-Latran.  Commémorons comme il se doit ce sinistre anniversaire en ouvrant les
yeux sur les ressorts de l'idéologie dominante.

            Comme le proclame le préambule de la Constitution française, notre République se doit d' être laïque, indivisible, démocratique et sociale. Fort bien dit et pensé...

            Laïque... Elle pourra difficilement le rester en 2009 si l' on se souvient des déclarations du plus haut représentant de l' Etat, intronisé chanoine, à Son intransigeante Sainteté papale, probablement pour essayer de racheter ses turbulences personnelles.

            Dans un Etat laïque, il est en effet inconcevable d' entendre le chef de l' Etat déclamer : « Dans la transmission des valeurs et dans l' apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l' instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, parce qu' il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d' un engagement porté par l' espérance. »

            « L' apprentissage de la différence entre le bien et le mal... »  Nos instituteurs ne sauraient-ils pas la reconnaître, cette différence ? La malfaisance serait-elle l' apanage des incroyants ? On voit aussi que notre monarque a repris la théorisation simplissime de Bush, avec son « Axe du Mal », qui suppose donc l' existence d' un « Axe du Bien... » Les enfants afghans, irakiens et palestiniens, entre autres, morts sous les bombes du Bien, apprécieront... Bush dont il a ciré frénétiquement d' autre part les bottes de cow-boy, comme aux autres puissants susceptibles de lui être utiles.

            « La radicalité du sacrifice de sa vie... »  Formule malheureuse et passablement illuminée de la part d' un homme d' Etat occidental, que d' associer ainsi « radicalité » et « sacrifice »... Est-elle si enviable cette radicalité, avec l' aveuglement qu' elle suppose, comme chez ces fous de Dieu fanatiques qui sacrifient effectivement leurs vies, en se faisant exploser au milieu de centaines de victimes innocentes ? Martyrs irrationnels qui se suicident et n' hésitent pas à tuer au nom de leur religion, parce que des esprits malins leur ont ensuite promis le paradis. Est-ce que ce « sacrifice de sa vie » doit guider notre enseignement aux plus jeunes, sous le signe d' une foi arbitraire ?

            « Le charisme d' un engagement porté par l' espérance... »  N' y aurait-il d'espérance que religieuse ?  Serait-il nécessaire d' avoir le cul bénit pour être porteur d'espoir ? La « Foi » serait-elle la seule « clé » de l' avenir ? Quel mépris pour tous les athées, pour tous les engagements  humanistes, si inconvenants de nos jours !

            Indivisible... Difficile à promouvoir justement au regard des dérives religieuses précédentes. A l' époque actuelle, nous assistons hélas à une recrudescence des bannières communautaires, le plus souvent confessionnelles ou partisanes, qui ne visent qu' à asseoir leur influence dans notre société. Ces castes possédantes se comportent trop souvent comme de véritables pieuvres prégnantes dans notre pays, ne se soucient guère de l' intérêt général, se moquent des inégalités sociales et cherchent seulement leur expansion immodérée et leur propre profit, comme si le reste du monde n'existait pas, à côté de leur démographie exponentielle.

            La religion comprise ainsi, en termes de jugements de valeurs vis-à-vis d' autrui, ne peut qu' engendrer des divisions, fragiliser le ciment républicain et rendre caduque le patrimoine commun.

            Ces gens-là demeurent des tenants de l' Ancien Régime, des nostalgiques de la féodalité  monarchique, avec sa domesticité soumise, ses ouvriers corvéables, son servage aux ordres des paroisses... qui leur fournissaient des paires de bras dociles,  aux salaires de misère. Comme le prolétariat est devenu revendicatif, que quelques révolutions sont passées par là, ils rêvent de construire maintenant une société où les machines remplacent des êtres humains désespérés, ce dont ils n' ont que faire. Une société sans jours de grèves, sans charges sociales,  sans limitations horaires,  sans bouches inutiles à nourrir, ni doléances qui ne soient de leur confession. Le salut de tous ces incroyants ne viendra de toute façon que de Dieu et de son infinie mansuétude. Il est vrai qu' il pourrait difficilement être pire que ses disciples...

            Sous l' alibi commode de Dieu, tout au long de notre sanglante Histoire, l' être humain a si souvent violenté, massacré, pillé, méprisé d' autres communautés et races humaines à travers la planète, pour servir ses seuls intérêts cupides, ses appétits de conquêtes et de richesses.

            Démocratique... A une époque où la redistribution des richesses devient de plus en plus inéquitable, est-il démocratique que l' outil de travail de milliers et de milliers de gens se transmette de génération en génération au sein de grandes familles ? Et qu'elles bénéficient aussi de subventions et de contrats publics pour épauler leur capital, sans contrepartie morale ni sociale ? Comme chez les Dassault, les Lagardère, les Bouygues... qui décident selon leurs seules prérogatives des choix les plus aptes à accroître leurs profits, sans se soucier du devenir de villes entières. Ces dirigeants ont-ils été élus démocratiquement par leurs employés pour disposer de pouvoirs aussi exorbitants ? Non, ils sont seulement fils de patrons tout-puissants, de capitaines d' industrie arrogants, pour qui seuls comptent le « business » à court terme et la courbe exponentielle des plus-values et des marges spéculatives.

            Sociale... Ces chefs d' entreprises encore florissantes malgré la crise financière délocalisent leurs usines dans des pays où ils exploitent une main-d' oeuvre le plus souvent misérable. Ils ne pensent qu' à engraisser leurs actionnaires aux bénéfices mirobolants,  ignorant ainsi sans vergogne le sort de milliers de salariés français jetés à la rue, de familles ruinées, de vies gâchées. Le devoir de solidarité envers les plus faibles ne reste donc qu' un vain mot.

            Tous pouvoirs et férocité garantis pour se mouvoir avec rapacité dans la mondialisation capitaliste triomphante. Les légions d' esclaves existent encore, en Chine, en Birmanie, dans le Golfe Persique, en Afrique... L' aubaine est  trop tentante !

            Le désir de cohésion sociale a depuis longtemps disparu. Hors de leurs communautés de nantis, point de salut !  Vous n' existez même pas... Peu de patrons sont dignes de Pierre Jallatte, qui a préféré se suicider plutôt que de voir son usine du Gard délocalisée en Tunisie. Si vous rappelez à l' ordre ces dirigeants corrompus par la soif de profits, grâce à une contestation populaire virulente, ils sont prêts à faire donner la troupe...

            Alors Messieurs les possédants et les gouvernants avides de pouvoirs, de faveurs et de richesses, vos nez dans le bénitier ne cachent pas votre goût des paillettes et des privilèges. Arrêtez vos discours démagogiques, vos promesses mensongères et vos voeux, trop pieux, de résoudre les injustices et les fractures sociales.

            Servir la République n' est pour vous qu' un moyen de servir vos seuls intérêts.

            Notre cher Président, et son trop zélé subalterne Xavier Darcos, veulent désormais exercer leur rancune vengeresse contre l'Education Nationale, terreau d' une idéologie  « de gauche » qu' ils exècrent et symbole d' un service public qu' ils entendent détruire. Notre Sainteté, surnom suggéré par les initiales de Nicolas Sarkozy et par son aversion pour la laïcité... Un activiste dangereux trop dévot pour être honnête, qui ne se prive plus désormais d' asphyxier l' avenir de l' école publique, refuge de mécréants. Tout est prévu, grâce à sa brutalité revancharde et sa précipitation coutumière, pour terrasser ce corps enseignant qui promettait, sans l' atteindre suffisamment d'ailleurs, l' égalité d'accès au savoir. Futurs projets de réussite pour les fils de nantis et mépris affiché pour les fils du peuple, que des lois répressives suffiront à contenir, loin de tous propos fraternels et de toute culture humaniste...

  

            Ouvrir les yeux sur les agissements de ceux qui veulent nous asservir s'avère aujourd' hui plus que jamais un devoir de citoyen.

            Lutter contre la pauvreté, la précarité, le démantèlement des services publics et la chasse aux étrangers demeure évidemment la clé de l' apaisement et de la justice sociale.

            Dans le domaine de la transmission de ces valeurs essentielles dont nos gouvernants se réclament à cors et à cris, ne les laissons pas bafouer la liberté d'expression, l' égalité et la solidarité républicaines.                        



16/12/2008
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