Pédagogie : le devoir de résister par Philippe Meirieu

Pédagogie : le devoir de résister, Paris, ESF éditeur, 2007

Cet ouvrage s'inscrit dans la suite de la réflexion menée sur la pédagogie, mais en mettant plus délibérément en relation les apports de son histoire et son actualité. Il s'efforce de montrer que les défis de la modernité, loin de rendre obsolètes les apports des pédagogues, imposent qu'on les mobilise d'urgence. Il développe, en particulier, ce qui pourrait servir de base à une "pédagogie du sujet", fédérant diverses approches autour de la promotion d'un enfant capable de "se mettre en je", de développer son intentionnalité, sa concentration, son attention. Le chapitre 9 est, à cet égard, un outil de réflexion et de travail permettant de prolonger la réflexion et pouvant servir de base à des recherches ou des formations. On trouvera aussi, dans cet ouvrage, une discussion des thèses de Marcel Gauchet sur "le péril démocratique" à l'école et un travail d'élucidation sur la signification de ce que peut vouloir dire "la crise de l'autorité".

EXTRAIT : "Il faut pourtant des pédagogues. Même minoritaires et marginaux. Il faut que des hommes et des femmes fassent le pari du sujet… Nous ne sommes sans doute pas en mesure aujourd'hui d'enrayer la montée des dispositifs de contrôle, de classification et d'enfermement. Des organisateurs zélés, de droite et de gauche, préparent un monde où l'enfant, réduit à un code barre, sera, dès le plus jeune âge, « orienté en fonction de ses dispositions et aptitudes ». La sélection, jadis tâtonnante et artisanale, risque bien de prendre, dans les années qui viennent, un dimension industrielle. Il est possible que, malgré les sursauts citoyens de toutes sortes, nous ne parvenions pas à échapper au triage systématique. Tester, évaluer, aiguiller, vérifier, sanctionner… vont devenir – si ce n'est déjà fait – des activités permanentes et obsessionnelles, à l'École comme ailleurs. Sans contrepoison, nous mourrons étouffés. Il faut mettre un peu de jeu – et un peu de je – là-dedans. Nous n'avons à avoir aucun complexe d'être des « empêcheurs de tourner en rond ». Bien au contraire. Mais n'espérons pas, pour autant, en avoir la moindre reconnaissance. Les pédagogues historiques ont toujours été des gêneurs. Ils l'ont assumé. Assumons sereinement notre rôle à notre tour. En bataillant partout, au quotidien, contre toutes les formes de fatalisme. En inventant ensemble des moyens pour aider les élèves à se tenir debout et à décider de leur destin. Et sans renoncer, malgré tout, à proposer des alternatives à une organisation scolaire qui n'a pas encore vraiment appris à instituer le sujet dans l'élève."

Note de lecture de Pierre Frackowiak

Source : Site de Philippe Meirieu : http://www.meirieu.com/index.html



18-10-2008 | 1767 vues

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Commentaires


Mamadou
le 09-12-2008 à 21:38:47
En effet, il me semble essentiel que l'école fasse en sorte que se développe chez l'enfant son "Je", qu'il y existe en tant que sujet et non objet creux qu'on gave de connaissances comme on gave les oies.
C'est sans doute parce qu'un certain nombre d'enseignants (on devrait dire aussi éducateurs, ne dépendons-nous pas du ministère de l'Education Nationale et non de l'Enseignement National ?) considèrent l'enseignement d'abord comme une éducation qui développe l'esprit critique des enfants que les personnels entrent en conflit avec un ministère qui veut nous réduire à un rôle de transmetteurs de connaissances et d'évaluateurs.
Je suis heureux que Philippe Meyrieu s'engage, par son livre, aux côtés des enseignants-éducateurs. Cette présence directe et indirecte dans la défense de l'école publique est un appui de poids qui peut donner de l'énergie à tous ceux qui doutent encore et qui n'osent pas franchir le pas de la désobéissance.
Pour ne pas "mourir étouffés", pour rester debout, pour garder des raisons d'espérer, il est bon de s'appuyer sur des valeurs profondément humaines où l'individu a une place à part entière et n'est pas "réduit à un code-barre".
Avec un livre comme celui-là, avec les témoignages et les interventions de ces milliers de collègues qui passent par ce blog, je retrouve une force que je croyais perdue. POur que les enfants existent en tant que "Je", déjà ne devons-nous pas exister aussi en tant que "je". Quelle valeur aurait une éducation qui parle du développement de l'individu, si ceux qui la prônent et la mettent en place ne sont pas des "empêcheurs de tourner en rond", si les enseignants qui sont en charge de cette soi-disante citoyenneté ne sont que des personnages sans âme au dos courbé qui acceptent sans broncher les coups de massue de ce pouvoir libéral ?
Alors oui, notre seule solution passe par la désobéissance, pour ne pas devenir des Maurice Papon en puissance qui, au nom du devoir du fonctionnaire, ont collaboré à la destruction des milliers de vies (pour ce qui nous concerne, celles d'enfants qui ont droit à être respecté quelles que soient leur origine, leurs difficultés, leur histoire).
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