Lettre de désobéissance d'un enseignant du primaire des Bouches du Rhône à sa hiérarchie

 

Hugues Leenhardt

Ecole élémentaire du Petit Lac

13480, Calas

Cabriès le 15 Juin 2011,

 

Monsieur l'Inspecteur d'Académie des Bouches du Rhône,

sous couvert de Madame l'Inspectrice départementale de l'Education Nationale,

Circonscription d'Aix Sud,

 

Copie de ce courrier à Monsieur le Ministre de l'Education Nationale,

 

 

     Monsieur l'Inspecteur Académie des Bouches du Rhône,

     Madame l'Inspectrice de l'Education Nationale, Circonscription d'Aix Sud,

 

  Je  joins à ce courrier, Monsieur l'Inspecteur d'Académie, la lettre que je vous ai adressée le 3 Mai 2011.

  Depuis près de 3ans , vous le savez, je n'ai cessé de demander  une discussion avec mes supérieurs hiérarchiques dans le but d'expliquer les motivations de ma désobéissance pédagogique.

  J'ai pu, à madame l'inspectrice de la circonscription d'Aix Sud,  exprimer  les raisons de mes désaccords et de mon refus d'appliquer certaines réformes. Elle m'a assuré que mes propos,  mes requetes seraient transmises par voie hiérarchique puisque tel est son rôle, que je respecte.

  C'est parce que je suis attaché à un service public d'éducation de qualité que j'ai toujours tenté et espéré avoir un dialogue avec la hiérarchie, car je pense que la confiance doit être établie à tous les niveaux pour que nous, enseignants puissions assumer notre mission dans de bonnes conditions.

   J'ai donc espéré jusqu'à maintenant qu'un dialogue pourrait être amorcé et poursuivi avec l'Inspecteur d'Académie, Monsieur Trève d'abord,  puis vous même, Monsieur Bénéfice.

  Vous êtes passé dans ma classe le premier avril 2011 avec la présence de madame L'inspectrice  départementale de circonscription,  du Maire de Cabriès, de  l'Adjoint à l'éducation ainsi que la directrice de mon école.

  En réponse à mon interpellation orale, vous m'avez alors signifié « qu'on pouvait vous rencontrer, il suffisait de le demander ».

  A ce jour je n'ai pas encore eu de réponse , même négative, à ma demande d'entrevue.(Courrier joint)

Je fais donc le constat que  le dialogue n'est pas souhaité : je le regrette.

 Mon travail est d'éveiller de jeunes citoyens à avoir un esprit critique, à être de futurs citoyens responsables. Ce rôle, entre autres,  qui fait la grandeur de notre métier, est en  contradiction   avec ce fonctionnement que je dénonce et qui voudrait faire  de l'enseignant que je suis, un simple exécutant, « un fonctionnaire qui fonctionne » comme cela a pu être dit par ailleurs à des enseignants.

  Je tiens à rappeler par ce courrier, puisque Monsieur le Ministre en aura une copie, que  l'inspecteur d' Académie, monsieur Trève,  avait  pris les décisions suivantes  à mon encontre :

ñ Refus de promotion d'échelon en 2009.

ñ Retraits de salaire pendant 1 an en 2009.

ñ Demande de médiation refusée par le médiateur Académique.

ñ Baisse de la note pédagogique de 16,25 à 8.

ñ Plusieurs courriers restés sans réponse.

 
Ma désobéissance pédagogique a  ainsi été sanctionnée plusieurs fois, sans que je puisse avoir une confrontation  avec les responsables de ces sanctions.

 La résistance pédagogique, car elle s'inscrit dans  une démarche collective,  s'affiche au grand jour car elle veut prendre à témoin l'opinion publique sur la situation gravissime de l'école dont la destruction est programmée par le gouvernement actuel sous l'argument fallacieux d'économies budgétaires. C'est là, mon analyse, elle est subjective, mais comme toute opinion elle est respectable et discutable, c'est à dire qu'elle peut être discutée si le dialogue est souhaité.  

 

De ce dialogue qui n'est pas souhaité, je tire les conséquences qui suivent :

 

J'ai décidé de ne plus accorder de légitimité à cette hiérarchie puisqu'elle ne veut pas nous entendre,  que la confrontation n'est pas voulue, possible . Puisque la confiance n'est pas là, plus aucun inspecteur n'entrera dans ma classe tant que j'estimerai que cette confiance n'est pas rétablie.

 J'informerai mon entourage de mes choix , de ce courrier.

 La situation de notre service public est trop grave pour que je reste sans réagir, à subir et constater sa destruction programmée.

Les sanctions citées ci dessus n'ont pas entamé ma détermination. Je continuerai d'exercer ce métier passionnant et exigeant en me fiant à ma conscience et à mon éthique professionnelle.

  Si j'envoie copie de cette lettre au ministre de l'Education Nationale, c'est là ma façon d'interpeller, d 'alerter  l'institution Education Nationale  sur ses incohérences : il y a parfois de beaux discours et  sur le terrain peu de cas de la parole des enseignants qui sont les praticiens quotidiennement sur le terrain.

  Encore une fois je redis que je n'ai rien contre les personnes à qui ce courrier est adressé, personnes  que je respecte. Ce sont des incohérences, des pratiques ainsi qu'une politique qui détruit un service public auquel je tiens que je dénonce.

  De nouvelles sanctions  pourraient être prises à mon encontre? Si tel est le cas je les assumerai. Mais rien ne pourra atteindre ma conscience et l'éthique que je me fais de ce métier.

Ma classe reste ouverte aux enseignants collègues, aux parents, aux conseillers pédagogiques.

 

  Veuillez recevoir Madame l'Inspectrice, Monsieur l'Inspecteur d'Académie des Bouches du Rhône, l'assurance de ma détermination, et de mon attachement à un service public d'éducation de qualité.

Hugues Leenhardt


Hugues Leenhardt

Ecole élémentaire du Petit Lac

13480 Calas

Calas le  3 mai 2011,

 

Objet: demande d'audience,

 

                  Monsieur l'Inspecteur d'Académie,

   Vous avez visité il y a quelque temps, le vendredi 1er avril 2011, les écoles et établissements de la commune de Cabriès. Apprenant cette nouvelle nous avons été un certain nombre d'enseignants ici, à être plutôt favorables et réceptifs à cette initiative même si nous n'en connaissions pas les objectifs.

Vous avez pu, à cette occasion, passer quelques minutes dans chaque classe de l'école élémentaire du petit lac à Calas.

  Comme je vous l'ai fait remarquer à cette occasion j'ai trouvé dommage que n'ait pas été prévu  un temps, même bref, avec tout ou partie de l'équipe enseignante hors présence des enfants; ce temps  nous  aurait permis  de vous faire part de quelques réflexions/suggestions, liées à l'exercice de  notre  mission professionnelle auprès des enfants.

Cela n'a pu avoir lieu et pour ma part, encore une fois, je le regrette.

  Mais j'ai aussi pris note, de vive voix,  de votre ouverture et disponibilité quant au dialogue avec les  agents, les enseignants. « Il est possible de me rencontrer; il faut en faire la demande »

  Vous n'êtes pas sans connaître certaines positions que j'ai  prises depuis quelque temps dans le cadre de  mon activité professionnelle. J'ai été guidé dans ce positionnement par l'idée que je me fais de l'intérêt supérieur de l'enfant, des enfants qui me sont tous les jours confiés, ainsi que par l'éthique de mon métier et ma responsabilité de citoyen.

  Considérant que certaines réformes, certaines mesures qu'on me demandait d'appliquer étaient contraires à cette idée que je me fais de mon métier, j'ai choisi, avec d'autres enseignants, de refuser  de les appliquer, tout en poursuivant ma mission et en expliquant comment à mon entourage, notamment aux parents de « mes » élèves.

J'ai par exemple refusé les modalités d'application de l'aide personnalisée; comme je l'ai plusieurs fois expliqué , ce ne sont pas les finalités de cette aide personnalisée que j'ai remises en cause mais les modalités d'application de cette aide personnalisée.

  Il est pour moi  comme pour d'autres enseignants qui partagent ces positions , important  de pouvoir être entendus ou pour le moins, écoutés à tous les niveaux hiérarchiques de notre institution. C'est ce que nous avons toujours tenté localement de faire, en souhaitant, demandant un dialogue.

  Comme je l'avais  écrit dans un précédent courrier, pour faire ce métier dans de bonnes conditions une confiance renouvelée de tous les acteurs  et partenaires à tous les niveaux  est indispensable.

  C'est à ce titre que je souhaite avoir un échange qui pourrait porter sur tout ou partie des sujets que je liste ci dessous:

  • Liberté pédagogique des enseignants
  • Les dispositifs  d' évaluations et le livret de compétences
  • Mise en oeuvre de l'aide personnalisée
  • Formations des enseignants
  • Les rythmes scolaires, rythme de l'enfant
  • Fichage des enfants
  • Les procédures disciplinaires  à l'encontre de certains enseignants.
  • Questions relatives à mon dossier administratif.

  
J'ai bien conscience qu'il sera très difficile, même impossible d'aborder  tous ces sujets au cours d'un entretien.

Mon premier souhait est  de contribuer à initier un dialogue constructif en préparant au mieux cette rencontre.

Mon deuxième souhait est en quelque sorte un pari, un rêve (?): qu'un tel échange puisse contribuer modestement avec la multiplication, d'autres initiatives semblables, à ce que  les préoccupations  portées par des enseignants soient mieux prises en compte par le ministère de l'Education Nationale et au final mieux comprises et intégrées par  la société.

  Je vous prie de noter que faisant mention ici de mes engagements  personnels je tiens à réaffirmer qu'ils s'inscrivent  dans une dynamique collective.

  Au cours des années écoulées nous avons été nombreux à mener réflexion et actions avec la préoccupation majeure de défendre l'intérêt supérieur de l'enfant tout en poursuivant notre mission.

Les sanctions infligées à certains d'entre nous ont été assumées et n'ont pas coupé court à notre détermination à poursuivre cette réflexion, ces actions, parce que nous estimons que notre service public est en danger.

 Je souhaiterais si possible, qu'à cet entretien puissent participer une ou deux personnes à ma convenance, personnes aussi concernées par les questions évoquées dans cette lettre.

  J'espère que vous pourrez  me communiquer dans quel cadre et sous quelles modalités pourrait se tenir cette rencontre, cet échange, notamment quelles seront les personnes présentes si, comme je l'espère, vous répondez favorablement à ma demande.

  Je vous prie de croire monsieur l'Inspecteur d'Académie à mon attachement à un service public d'éducation de qualité.

 Hugues Leenhardt

 

Ma demande ne suit pas la voie hiérarchique mais je tiendrai Mme Le Borgne de Kaoüel, mon IEN, au courant des suites qui seront données à ma demande.

 



15/06/2011
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