Lettre d'une institutrice de Bobigny (93) à son inspectrice

Véronique DECKER
Ecole Marie CURIE
Cité Karl MARX
93000 BOBIGNY BOBIGNY,

le 17 novembre 2008

Madame l’Inspectrice,

Je vous écris cette lettre car aujourd'hui, en conscience, je refuse d'obéir !
Le démantèlement des fondements de l'Education Nationale est un processus que je ne peux accepter sans réagir.

L'objet de ma lettre est de vous informer que je ne participerai pas à ce démantèlement. En conscience, je refuse de me prêter par ma collaboration active ou mon silence complice à la déconstruction du système éducatif de notre pays.

C'est pourquoi j'ai décidé, en toute responsabilité, de :

Ne pas poursuivre l’organisation de l’aide personnalisée, qui sert uniquement à masquer le projet de disparition des réseaux d’aide ; Je vais donc solliciter les enseignants de l’école et la municipalité de Bobigny pour trouver un dispositif qui accueillera tous les élèves, afin de retrouver 26 heures scolaires pour tous les enfants de notre école.

Ne pas relayer les résultats des évaluations nationales, car je considère comme honteux d’acheter les enseignants avec des primes de 400 euros alors que le gouvernement clame que les caisses sont vides lorsque nous sollicitons de l’aide pour les classes vertes ou la bibliothèque de l’école.

Ne plus répondre aux sollicitations des réunions, conférences, formations, tant que la garantie du maintien et même de l’extension des RASED ne sera pas assurée sur la ville et sur le département. Personne ne peut croire que une demi heure de soutien, le matin, le midi ou le soir peut remplacer le travail des RASED et l’accompagnement des équipes pour gérer la grande difficulté scolaire.


Chercher les moyens juridiques d’assigner l’Etat pour manquement à sa mission, car depuis plusieurs années, la médecine scolaire de la ville a des postes non pourvus, sans aucune réaction de l’Etat. Les visites obligatoires ne sont plus assurées, le suivi des PAI est défaillant, l’accueil des enfants handicapés indigne.
Je fais ce choix en pleine connaissance des risques que je prends, et aussi en soutien à mes collègues M. Refalo, et M. Braun qui ont déjà été convoqués par leur Inspecteur d’Académie au nom d’un devoir de réserve qui n’existe pas dans les textes pour les directeurs d’école. Mon projet et celui de l’équipe dans laquelle je travaille, c’est de construire une école du respect, de la coopération, de la solidarité et des progrès pour tous les élèves.


Je vous prie de recevoir, Madame l’Inspectrice, l'assurance de mes sentiments déterminés et respectueux.

Véronique DECKER



19/11/2008
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