Lettre d'un instituteur de Cabries (13) à son inspectrice

Hugues Leenhardt

Ecole élémentaire du petit lac

Calas,

13480 Cabries

Le 18 Novembre 2008,

          Madame l'Inspectrice,


   Je vous écris cette lettre car aujourd'hui, en conscience, je ne puis plus me taire ! En conscience, en toute responsabilité, je refuse d'obéir !

  Ma lettre s'inspire de la lettre à son inspecteur, d'un autre professeur d'école Alain Réfalo, enseignant à Colomiers en Haute Garonne. Je suis persuadé que son initiative trouvera écho favorable auprès de nombreux enseignants. C'est parce que je suis profondément attaché à ce système public de l'Education Nationale que je m'inscris aujourd'hui dans cette démarche.

  Le démantèlement des fondements de l'Education Nationale est un processus que je ne peux accepter sans réagir. Les mesures décidées depuis quelque temps par le gouvernement attestent ce démantèlement :


Les suppressions massives de postes.

La disparition annoncée des RASED alors qu'aucun bilan de leur action n'a été fait. C'est je pense en renforçant les RASED qu'on pourra lutter plus efficacement contre l'échec scolaire et non en proposant des stages de remise à niveau pendant les vacances scolaires. C'est pendant les horaires scolaires, dans les classes que doit être menée la lutte contre l'échec scolaire(différenciation, tutorat…)et non pas en proposant un soutien individualisé à quelques uns rallongeant pour ceux-là la journée scolaire.
La suppression prévue des IUFM.

Les nouveaux programmes. Les programmes  de 2008 on été élaborés, on ne sait toujours pas par qui, sans une concertation sérieuse avec les enseignants  premiers concernés. Je suis  en désaccord avec certains aspects de ces nouveaux programmes. Je refuse  la logique d'une instruction civique et morale . Ce n'est pas une règle de   morale écrite au tableau qui pourra faire changer des comportements. C'est une éducation citoyenne, une éducation au vivre ensemble , à la connaissance de l'autre, au respect des différences , que j'entends  mettre en oeuvre, pratiquer avec les enfants dans ma classe.
L'alourdissement des programmes, malgré une diminution du volume horaire de la semaine et une diminution du volume horaire consacré aux arts, à la découverte du Monde, Sciences, Histoire ,géographie.

Le désengagement de l'Etat auprès des associations complémentaires de L'Education Nationale (diminution des subventions, suppression des mises à dispositions d'enseignants).

   L'objet de ma lettre est de vous informer que je ne participerai pas à ce démantèlement. En conscience, je refuse de me prêter par ma collaboration active ou mon silence complice à la déconstruction du système éducatif de notre pays.

 Depuis quelque temps les protestations, manifestations, informations,  n'ont pas manqué et pourtant le gouvernement continue ses réformes restant sourd à tout cela et continue de mener ces réformes.


C'est pourquoi  en toute responsabilité  et pour les raisons évoquées brièvement dans cette lettre :


<!--[if !supportLists]-->1.    <!--[endif]-->Je continuerai à  travailler dans l'esprit des programmes de 2002, notamment en ce qui concerne l'éducation civique, le vivre ensemble, qui représente un aspect essentiel de ce que doit transmettre l'école républicaine à laquelle je suis attaché, ainsi que pour les sciences, l'histoire la géographie.

<!--[if !supportLists]-->2.    <!--[endif]-->Je ne me porterai pas volontaire pour les stages de remise à niveau organisés pendant les vacances scolaires, et je ne donnerai pas de liste d'élèves pour ces stages. Je suis opposé à ce dispositif qui  permet à ceux qui le souhaitent d'effectuer des heures supplémentaires alors que dans le même temps des milliers de postes sont supprimés . Je continuerai à envisager le soutien aux enfants en difficulté au sein de la classe, en proposant une différenciation pédagogique, une coopération, entraide entre les élèves.

<!--[if !supportLists]-->3.    <!--[endif]-->Je ne me déclarerai pas gréviste à l'administration les jours de grève mais je  préviendrai les parents d'élèves de ma classe, premiers concernés. Je suis en désaccord avec la mise en place d'un service minimum d'accueil . Pourquoi donc  devrais-je collaborer à la mise en place de ce service d'accueil qui représente pour moi une atteinte au droit de grève, une remise en cause du droit de grève .

  Aujourd'hui en pleine conscience, je fais donc le choix de cet engagement. J'assumerai les conséquences de cet engagement. J'ai le sentiment que de nombreux enseignants partagent cette analyse ; beaucoup ressentent colère inquiétude ou découragement  devant cette déconstruction du système éducatif , système auquel nous sommes nombreux à être  attachés.

  Il est de mon devoir de refuser d'appliquer ces mesures que je dénonce. Mais dans le même temps je continuerai à mettre en oeuvre dans ma classe les mesures alternatives correspondantes raisonnables.

  Cette lettre, bien sûr, n'est pas dirigée contre vous, ni votre fonction, mais je me dois de vous l'adresser.

    Je souhaite que nombreux soient celles et ceux qui entreront dans cette      démarche et que collectivement nous empêcherons la mise en œuvre de ces réformes ; c'est pourquoi je  ferai connaître ma lettre dans mon entourage.

  Je fais ce choix en pleine connaissance des risques que je prends, mais surtout dans l'espérance de construire une école du respect, de la coopération, de la solidarité et de la réussite pour tous.

    Je vous prie de recevoir, Madame l'Inspectrice, l'assurance de mes sentiments déterminés et respectueux.


                Hugues Leenhardt




19/11/2008
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