Notre réponse au syndicat des inspecteurs SI.EN-UNSA

Le syndicat des inspecteurs SI.EN-UNSA réagit vivement à la lettre d'Alain Refalo.

La réponse de l'instituteur de Colomiers et celle du mouvement des enseignants en résistance pédagogique

Le communiqué du SI.EN-UNSA

Le SI.EN condamne les attaques dont un inspecteur vient de faire l'objet de la part d'un enseignant se définissant comme « désobéisseur »

25 mars 2009

Si en tant qu'organisation syndicale nous pouvons accepter, même si nous ne les approuvons pas, les actions de désobéissance mises en place par des enseignants qui expriment ainsi une conviction personnelle, nous engageons fermement ces derniers à ne pas franchir les limites de l'acceptable.

Dans un message public l'un d'entre eux vient de mettre gravement en cause un inspecteur qui n'a fait que son devoir et n'a obéi qu'à sa conscience. Dans son enfermement sur luimême et dans son refus obstiné de toute évolution de ses pratiques, cet enseignant finit par rejeter toutes les valeurs fondatrices de l'Ecole de la République. Il se place au dessus des lois et règlements en prétendant fonder sa démarche sur une prétendue légitimité de la désobéissance.

Il faut pourtant qu'il ouvre les yeux aujourd'hui : ses attaques ad hominem sont indignes des valeurs auxquelles il se réfère. Ses efforts pour discréditer le travail de l'inspecteur qui s'est systématiquement attaché à entretenir un dialogue pour essayer de trouver les solutions à même de garantir à la fois l'application des lois de la République et le principe de la liberté pédagogique, auquel nous sommes tous profondément attachés, doivent être dénoncés. Le respect ne peut s'inscrire que dans la réciprocité ; ceux qui oublient cette évidence ne négligent-ils pas ce qu'ils sont censés défendre au quotidien dans leur classe ?

La respectabilité d'un combat ne résulte pas de la couverture médiatique qui lui est accordée ou de la certitude qu'ont ses partisans d'être dans leur « bon droit ». S'ils entendent être respectés, ceux qui ont opté pour la voie de la désobéissance doivent accepter les conséquences de ce choix et ne pas en rejeter la responsabilité sur ceux qui s'attachent à appliquer les lois avec compétence et discernement.

Le SI.EN-UNSA Education affirme très clairement son soutien à l'inspecteur qui vient de subir des accusations aussi graves qu'injustes et dénonce fermement ces attaques irresponsables.

Contact :

Patrick ROUMAGNAC
Secrétaire général du SI.EN-UNSA Education
01.43.22.68.19
sien@unsa-education.org

La réponse d'Alain Refalo au communiqué du SI.EN- UNSA

30 mars 2009

A Monsieur Patrick Roumagnac

Secrétaire général du SI.EN-UNSA Education

 

Cher monsieur,

 

Je me réjouis d'apprendre par votre communiqué que vous pouvez « accepter, sans les approuver, les actions de désobéissance des enseignants qui expriment une conviction personnelle ». Cette position marque une évolution significative de votre syndicat envers les enseignants désobéisseurs que nous apprécions à sa juste valeur. Car si tel est le cas, il faut inviter d'urgence vos inspecteurs au dialogue avec les enseignants désobéisseurs pour leur permettre de travailler sereinement sans être sous la pression et la menace de sanctions.

 

Cependant, l'outrance des propos contenus dans votre communiqué  risque, à court terme, de rendre bien difficile ce dialogue entre les inspecteurs et les enseignants désobéisseurs. Avez-vous bien conscience de ce que vous écrivez ? Autant je peux comprendre qu'en tant que syndicat vous apportiez votre soutien à l'un des vôtres, autant il est inadmissible de porter l'anathème sur un enseignant en désobéissance pédagogique, par ailleurs durement sanctionné.

 

Vous m'accusez de « rejeter toutes les valeurs fondatrices de l'Ecole de la République ». Rien de moins ! Alors que tout mon travail, tout mon engagement au quotidien, toute ma démarche de résistance pédagogique n'ont d'autre objectif que de faire vivre les valeurs de cette Ecole de la République qui subit des attaques sans précédent. Les valeurs de l'école sont bafouées par notre ministre et les inspecteurs d'académie et vous venez accuser un instituteur en résistance contre le démantèlement du service public d'éducation de les rejeter !

 

Vous êtes attachés, en tant que syndicat des inspecteurs,  à maintenir le lien de confiance qui unit les inspecteurs aux enseignants. Croyez-vous que ce que je dénonce dans ma lettre va dans le sens du respect et de la confiance ? Croyez-vous que votre réponse est à même de rétablir le respect et la confiance malmenés aujourd'hui par des pratiques indignes que nous ne pouvons accepter ? Il faut croire malheureusement qu'un véritable fossé s'est creusé entre les enseignants et les inspecteurs pour qu'un tel niveau d'incompréhension soit possible aujourd'hui. Et je suis le premier à le regretter.

 

Les enseignants désobéisseurs ont toujours indiqué qu'ils prenaient le risque de la sanction pour faire valoir la force de leurs convictions. A aucun moment, contrairement à ce que vous écrivez, je n'ai rejeté la responsabilité des sanctions sur mon inspecteur, puisque c'est l'inspecteur d'académie qui les a décidées. J'ai toujours assumé ces sanctions en les intégrant dès le départ dans ma démarche. Ce que je dénonce ce sont les arguments fallacieux que mon inspecteur utilise pour justifier ces sanctions disproportionnées, par ailleurs illégales, et qui seront bien évidemment contestées devant un Tribunal Administratif. Comment ne pas être choqué et révolté qu'un inspecteur de circonscription, censé être proche de ses enseignants, censé même les protéger, cautionne, légitime les pires décisions d'un inspecteur d'académie ? Trouvez-moi un enseignant en France qui aurait accepté ce discours…

 

Vous me reprochez « de mettre gravement en cause un inspecteur qui n'a fait que son devoir et n'a obéi qu'à sa conscience ».  Les écrits et les faits que j'évoque dans ma lettre sont incontestables ; ils participent d'une pression à mon égard tout aussi incontestable. Que cela vous plaise ou non, je n'ai jamais refusé la présence de l'inspecteur dans ma classe, je n'ai jamais refusé le dialogue avec lui et nos rapports ont toujours été cordiaux. J'ai essentiellement dénoncé dans cette nouvelle lettre des écrits qui vont au-delà de sa mission d'observation visant à établir un constat de désobéissance et qui, en outre, ne reflètent pas les entretiens que nous avons eus. Les commentaires et les jugements que l'inspecteur porte sont des « accusations aussi graves qu'injustes » pour reprendre vos propres termes. Il y a une distorsion réelle entre ses propos, plutôt mesurés à l'occasion de nos échanges, et ses écrits qui portent un jugement inacceptable sur mon travail et ma position. Comprenez que c'est bien parce que j'ai été blessé que j'ai tenu à réagir. Après avoir subi les sanctions financières et professionnelles, devoir être accablé par des écrits aussi injustes ne pouvait que susciter mon indignation. Et tous les messages de soutien de mes collègues que j'ai reçus vont dans le même sens.

 

Vous osez écrire, contre toute raison, que je suis enfermé sur moi-même et que je refuse obstinément toute évolution dans mes pratiques. Je suis surtout à l'unisson de milliers d'enseignants révoltés par les atteintes sans précédent portées à notre liberté pédagogique. Et le dispositif de l'aide personnalisée imposé à tous les enseignants de la petite section au CM2 sans distinction est effectivement un dispositif qui porte atteinte à notre liberté pédagogique. Tous les inspecteurs peuvent le comprendre et nous devrions être ensemble pour le dénoncer. Quant à mes pratiques, je vous rappelle que l'affaire qui nous concerne est circonscrite à l'aide personnalisée. Si, selon vous, faire évoluer les pratiques, c'est accepter l'aide personnalisée après l'avoir refusée, vous conviendrez que c'est un peu court et que c'est faire bien peu de cas de nos convictions.

 

Les enseignants désobéisseurs, qui ont le soutien croissant des parents d'élèves, font l'objet d'attaques régulières de la part du ministre, des inspecteurs d'académie et de certains inspecteurs de circonscription visant à caricaturer leur démarche. Ces attaques n'entameront pas notre détermination et notre combat légitime pour défendre l'école publique. Nous agissons en conscience et nous en payons le prix. Là est notre action désintéressée. Là est notre honneur. Mais nous riposterons systématiquement à toutes les accusations malhonnêtes qui portent atteinte à notre intégrité professionnelle. C'est le sens de ma réponse aujourd'hui.

 

Je ne désespère pas, malgré tout, qu'un vrai dialogue, dans le respect des convictions et des positions de chacun, puisse enfin voir le jour.

 

Recevez, Monsieur le Secrétaire général, l'expression de mes sentiments les plus cordiaux.

 

Alain Refalo

 

Communiqué du mouvement des enseignants en résistance pédagogique

 

30 mars 2009

 

Le mouvement des enseignants en résistance pédagogique dénonce le courrier du SI.EN-UNSA exonérant l'inspecteur de son attitude peu conforme à la déontologie qui sied à votre profession et présentant Alain Refalo comme un instituteur irresponsable.

 

            Votre courrier est vraiment surprenant et prouve à quel point votre syndicat ne prend pas la mesure de la situation. L'ensemble des enseignants qui ont pris le parti de défendre l'école par le moyen de la désobéissance pédagogique – en tant qu'ultime recours et après avoir essayé de nombreuses actions légales pour se faire entendre -  l'ont fait en toute connaissance de cause. Ils acceptent le principe du contrôle de conformité et des visites à répétition. Pour la plupart d'entre eux, cela s'effectue en toute cordialité tant il est vrai que chacune des deux parties défend et partage les valeurs de la tolérance et du respect indispensables au dialogue.

 

Alain Refalo dans son courrier rendu public souligne les propos et les écrits qui dénigrent son travail. Depuis quand un inspecteur doit-il exercer sa fonction avec si peu de respect de la conscience professionnelle de l'enseignant ? Est-ce cela que vous appelez : "faire son devoir et n'obéir qu'à sa conscience ". En outre, un inspecteur qui a un rôle de formateur peut-il à ce point déjuger le travail précédent de ses pairs en prenant seulement comme critères de validation/évaluation le temps de l'aide personnalisée ? Peut-il à ce point porter un regard négatif visant plus la personne que l'acte professionnel ? Est-ce cela "appliquer les lois avec compétences et discernement" ?

 

            Le précédent courrier que vous nous aviez adressé - suite à la lettre ouverte aux inspectrices et inspecteurs - était déjà particulièrement irrespectueux à notre encontre. Au lieu de vous engager dans la voie du dialogue que nous suscitions, vous aviez délibérément choisi une position agressive. Par ce deuxième courrier, vous optez définitivement pour une recherche d'affrontement avec les enseignants qui désobéissent. Notre mouvement étant basé bien au contraire sur une position non-violente, c'est-à-dire sur le dialogue, nous ne faisons pas l'amalgame entre l'attitude de l'inspecteur d'Alain Refalo - qui ne nous semble pas correspondre au modèle que vous défendez -  et celle des IEN que nous rencontrons au quotidien. Toutefois, la voie que vous empruntez nous semble dangereuse pour ce fragile équilibre entre les représentants de l'institution et les enseignants de terrain. Les inspectrices  et inspecteurs départementaux de l'Education Nationale sont une pièce indispensable au  fonctionnement de notre institution lorsque celle-ci est au service de l'élève.

 

            Le risque est grand, en adoptant cette position, de radicaliser de part et d'autres les membres de la communauté scolaire :

 

Les inspectrices et inspecteurs qui se reconnaîtront dans votre démarche et par conséquent dans celle initiée par les inspecteurs de Haute-Garonne (IEN et IA)  trouveront une certaine légitimité syndicale à oeuvrer de la sorte. Les enseignants qui ont été choqués par la situation vécue par Alain Refalo nourriront un sentiment de méfiance envers les inspectrices et inspecteurs. En effet, ils ne verront plus en eux la loyauté qu'ils revendiquent, mais leur servilité. Voici peut-être le mot de trop, celui qui vous a décidé à réagir de la sorte. Est-ce ce terme utilisé par Alain Refalo qui vous pousse au paroxysme de votre identité syndicale ? Sachez que le premier à l'avoir utilisé est l'un des vôtres, Pierre Frackowiack, et qu'Alain Refalo s'en est directement inspiré. Nous vous invitons à relire son article : « L'encadrement intermédiaire : Entre loyauté et servilité ? » Il concluait en ces termes : "Dans ce contexte, la loyauté des cadres du système s'impose. La servilité, pas encore". Ne l'oubliez pas.

 

Les enseignants en désobéissance pédagogique dialogueront toujours avec les inspectrices et inspecteurs - qui fort heureusement savent notre attachement et notre loyauté au service public d'éducation - mais ils ne laisseront pas sans réponse les propos et les attitudes des inspecteurs  qui se détourneront de la voie qu'ils avaient initialement choisie : le dialogue, la concertation et la formation.

 



29-03-2009 | 1749 vues

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Commentaires


Baye
le 07-07-2009 à 02:16:43
Celle-ci, dessous, bizarrement, sonne beaucoup plus juste que l'originale !
Fanch
le 15-04-2009 à 19:03:18
À Monsieur Patrick Roumagnac, Secrétaire général du SI.EN-UNSA Education

Si en tant que personne je peux accepter, même si je ne les approuve pas, les actions d'obéissance mises en place par des inspecteurs qui expriment ainsi une conviction personnelle, j'engage fermement ces derniers à ne pas franchir les limites de l'acceptable.
Dans un message public de son organisation syndicale l'un d'entre eux vient de mettre gravement en cause un enseignant qui n'a fait que son devoir et n'a obéi qu'à sa conscience. Dans son enfermement sur lui-même et dans son refus obstiné de toute évolution de ses pratiques, cet inspecteur finit par rejeter toutes les valeurs fondatrices de l'École de la République. Il se place au-dessus des lois et règlements en prétendant fonder sa démarche sur une prétendue légitimité de l'obéissance.
Il faut pourtant qu'il ouvre les yeux aujourd'hui : ses attaques ad hominem sont indignes des valeurs auxquelles il se réfère. Ses efforts pour discréditer le travail de l'enseignant qui s'est systématiquement attaché à entretenir un dialogue pour essayer de trouver les solutions à même de garantir à la fois l'application des lois de la République et le principe de la liberté pédagogique, auquel nous sommes tous profondément attachés, doivent être dénoncés. Le respect ne peut s'inscrire que dans la réciprocité ; ceux qui oublient cette évidence ne négligent-ils pas ce qu'ils sont censés défendre au quotidien dans leur fonction ?
La respectabilité d'un combat ne résulte pas de la couverture médiatique qui lui est accordée ou de la certitude qu'ont ses partisans d'être dans leur « bon droit ». S'ils entendent être respectés, ceux qui ont opté pour la voie de l'obéissance doivent accepter les conséquences de ce choix et ne pas en rejeter la responsabilité sur ceux qui s'attachent à appliquer les lois avec compétence et discernement.
J'affirme très clairement mon soutien à l'enseignant qui vient de subir des accusations aussi graves qu'injustes et dénonce fermement ces attaques irresponsables.
Monsieur Roumagnac, l'obéissance n'est pas une vertu en soi (1). La désobéissance non plus. Il faut simplement se demander à quoi, à qui l'on obéit. Le Général de Gaulle, les résistants de la dernière guerre, Gandhi, Martin-Luther King, le général de Bollardière plus récemment, et bien d'autres, ne me démentiront pas. Certes le contexte n'est pas du tout le même. Pourtant je me rappelle que la seule défense qu'ont trouvé les criminels de guerre nazis, c'était de dire qu'ils n'avaient fait qu'obéir aux ordres. Les tribunaux leur ont donné tort.

Bien respectueusement à vous.

Fanch Hénaff


(1) Voir le livre de Stanley Milgram : "Soumission à l'autorité" chez Calmann-Lévy.
lina brunini
le 09-04-2009 à 10:20:23
Je suis extrêmement choquée par les propos que je viens de lire, et j'ai beau me concentrer je ne comprend pas...
Il s'agit des propos tenus par l'IEN d'Alain Refalo à son égard, ainsi que ceux du communiqué du syndicat d'IEN qui soutient l'un des leurs. Envers et contre tout d'ailleurs....
Ce n'est pas tant la faute à notre ministre de l'éducation nationale, ni à celle de notre président de la république, qui se permettent de faire ce qu'ils font et qui est indéfendable et sans retour possible pour l'école de la république...
Ceux-là ne seraient rien, si massivement ils rencontraient la désapprobation et le refus de telles indignités! Le mot qui me viens c'est celui de lâcheté. Je trouve que c'est celui qui convient le mieux...L'inspecteur d'Alain Rafelo n'était pas obligé de dire ce qu'il a dit, ni le syndicat qui le soutient d'écrire ce qu'il a écrit dans des propos dont on se demande même comment ils ont pu être écrits de la sorte... Personne n'est obligé de faire du zèle !
Que dans l'incapacité de soutenir les désobeïsseurs, (ce qui à mon avis est le minimum dans le contexte de gravité dans lequel nous sommes), qu'au moins l'on se taise .....même si l'on est un IEN, ou un syndicat d'IEN . Lâcheté et complicité de destruction de bien humain public !
GPMarcel
le 03-04-2009 à 19:39:28
Enseignant spécialisé à la retraite, je suis outré de la réponse de ce syndicaliste SE-UNSA, et ne veux absolument pas dialoguer avec ce genre de personne...

Des mots, des mots, des anathèmes, des allusions.

J'attends de voir nos chers inspecteurs péteux se mettre, eux-aussi, en désobéissance voire en résistance.

Zut je parie qu'ils n'y ont pas pensé! Ca ne fait pas partie du Kit Inspecteur. (Sauf pour un qui avait perdu le mode d'emploi Ikéa!)

Les carrières dominent les consciences, les idéaux.

Facile le bureau, je transmets, j'éxécute, je sanctionne.

Nous fera-t-on croire, encore, qu'il ya une Education "Nationale"?
AnneMarie
le 31-03-2009 à 23:50:37
Monsieur le Secrétaire général du SI.EN-UNSA Education,

Pouvez-vous expliquer ce qui vous fait dire : "cet enseignant finit par rejeter toutes les valeurs fondatrices de l'Ecole de la République" ?

- Est-ce que vouloir une égalité de traitement entre tous les enfants, comme le souhaite Alain Refalo en ouvrant sa classe à tous les enfants qui la composent, est contraire aux valeurs de l'Ecole de la République ?
- Est-ce que mener des projets de coopération, comme le fait quotidiennement Alain Refalo dans sa classe, est contraire aux valeurs de l'Ecole de la République ?
- Est-ce que faire exister dans sa classe une circulation de la parole et favoriser la prise de conscience du futur citoyen est contraire aux valeurs de l'Ecole de la République ?

Il me semble, quant à moi, que loin de rejeter les valeurs de l'Ecole de la République, Alain Refalo amène la République à se regarder en face et à se demander comment Elle a pu en arriver à laisser les structures du Marché international (OMC par l'AGCS, OCDE, ERT = Table Ronde des Industriels européens) lui dicter sa feuille de route pour ce que ces organisations - sans peur de manier l'euphémisme - osent encore appeler l'Education ?

Prêter à un enseignant de base un rejet des valeurs de l'Ecole de la République alors qu'il remplit auprès des parents et de leurs enfants la mission de service public que les mesures de l'Institution l'exhortent à déserter, est du même ordre que d'accuser un capitaine de vouloir faire couler son bateau alors qu'il le ramène tant bien que mal au port après avoir été torpillé par son armateur.

Je m'emploierais de mon côté à parler de valeurs fondatrices de la République et de valeurs fondamentales de l'Ecole de la République plutôt de de valeurs fondatrices de l'Ecole de la République, car vous n'êtes pas sans savoir que Jules Ferry a fondé l'Ecole de la République pour fournir rapidement au capitalisme industriel en plein essor une future main d'oeuvre dégrossie en quelques années de communale et pour libérer les parents de la garde de leurs enfants afin qu'ils restent plus longtemps à leur poste de travail.

Je me permets d'attirer votre attention sur le fait que la désobéissance salutaire d'enseignants à des mesures qui portent un camouflet à l'égalité des chances des enfants n'est pas de nature à remettre en question les valeurs fondamentales de l'Ecole de la République, mais bien au contraire à leur permettre de garder la tête hors de l'eau alors que les plus hautes instances de l'Etat ont ouvert les vannes du libéralisme.

Peut-être faut-il alors reconnaître que refuser l'aide personnalisée pour permettre à tous les enfants de fréquenter l'Ecole est une des manières d'être loyal envers les valeurs fondamentales de l'Ecole de la République alors que se soumettre aux valeurs fondatrices de l'Ecole de la République est dans la droite ligne du grand projet de Jules Ferry pour adapter la société rurale à la société industrielle. Habituer les enfants dès leur plus jeune âge à des horaires décalés et à des quotas horaires différents selon la réussite à des évaluations technocratiques permet d'intégrer le passage de la société du plein emploi à celle de la méritocratie où seuls seront élus ceux qui pourront attester que la Croissance négative est un truisme.

Vous pourrez constater par vous-même, Monsieur le Secrétaire général, que les chemins actuellement déblayés par les désobéisseurs sont aussitôt pavés par les parents d'élèves qui apportent chaque semaine des centaines de lettres de soutien à l'inspection académique.

Je comprends le peu de latitude que vous laisse votre fonction dans la hiérarchie de l'Education nationale, mais nous aurons franchi un grand pas pour l'Ecole de la République à laquelle nous sommes tous attachés, lorsque vous voudrez bien nous accorder, Monsieur le Secrétaire général, que les actes de désobéissance permettent de créer aujourd'hui les conditions d'un débat pour la réussite de tous.

AnneMarie Pons

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