Résistance pédagogique pour l'avenir de l'école

Modèle de lettre de désobéissance pour les évaluations nationales

Format word de la lettre

Madame l'inspectrice, Monsieur l'inspecteur,

Après avoir pris attentivement connaissance des contenus, des modalités de passation, de correction et de transmission des résultats des nouvelles évaluations nationales pour les élèves de CM2 l'équipe de l'école _______________ tient à vous faire connaître son analyse et ses constats.

Nous avions regretté lorsque le ministère en a pris la décision que les évaluations nationales deviennent sommatives et non plus diagnostiques alors que peu à peu les équipes s'appropriaient les précédentes évaluations pour en faire un véritable outil au service de la progression des élèves.

Nous avons été choqués et humiliés  quand nous avons appris qu'une prime serait versée aux seuls collègues de CM2 et de CE1 pour la passation de ces épreuves, ce que nous considérons comme un affront et une casse du travail d'équipe, une tentative de division et d'isolement des enseignants.

Nous sommes aujourd'hui scandalisés par la mise en œuvre de ces évaluations :

·         Comment justifier de faire passer de telles évaluations « sommatives »  sur des compétences de fin de cycle (voire de niveau collège), en janvier alors que le cycle est loin d'être terminé ?

 

A terme, pour faire passer les élèves sous les fourches caudines de l'évaluation  institutionnelle les maîtres seront tentés d'organiser les apprentissages  par  « formatage »  au détriment d'une progression plus adaptée aux besoins de chaque classe et plus respectueuse du projet singulier qui devrait en résulter. La liberté pédagogique, pourtant récemment réaffirmée par notre ministre sera bien mise à mal.

A contrario, plaquées sur une progression de classe non exclusivement axée sur ce rendez-vous, comme c'est le cas cette année, voici des évaluations qui ne manqueront pas de placer les élèves en échec puisqu'elles interviennent à contretemps des apprentissages de la classe.

 

·         Le contenu des exercices proposés, très difficile pour ne pas dire inaccessible à la plupart des élèves,  leur mode binaire de notation ne permettant aucune finesse d'appréciation, semblent avoir été  élaborés pour mettre les élèves en échec !  Les compétences évaluées sont, pour certaines, impossibles à maîtriser à cette période de l'année même pour les élèves les plus performants.

 

·         Enfin, la publication des résultats par école, qui n'a aucune justification pédagogique et n'aura comme effet que de stigmatiser les écoles de quartiers populaires et de manière générale  de mettre en concurrence les écoles et les enseignants, est pour nous tout simplement inadmissible. Elle  aura pour conséquence un renforcement des ghettos scolaires et, associée à la disparition de la sectorisation, elle encourage une attitude consumériste de la part des parents d'élèves. Dramatique pour les élèves les plus en en difficulté, ce renforcement de la ségrégation par l'évaluation servira aussi à juger avec aussi peu de nuance du « mérite » des enseignants.

 

Depuis  plusieurs années ,les IUFM, le Ministère, et vous-même comme  tous vos collègues IEN ont contribués à travers la diffusion de travaux sur l'évaluation et la formation continue, les animations pédagogiques… à faire progresser chez les enseignants une culture de l'évaluation respectueuse des élèves, point d'appui pour la réflexion pédagogique des équipes, partagée en toute confidentialité avec les parents et les partenaires de circonscription.

 

Le changement déontologique  du Ministère sur cette question ruine totalement notre confiance -pourtant indispensable- en des outils qui deviennent une menace pour nos élèves et qui demain peuvent nous jeter en pâture à l'opinion publique.

Un autre point tout aussi désagréable doit être porté à votre connaissance qui, sans vraiment nous étonner, nous a confirmés dans le constat amer de la nocivité de ce nouveau dispositif contraire à  l'intérêt des élèves et des familles : il est de plus en plus fréquent d'entendre des collègues assumer l'idée de la falsification des résultats !

 

La mise en concurrence des écoles et des équipes, la perspective d'avantages financiers ou de carrière « au mérite » ou au « résultat » font basculer les agents du service public dans une logique détestable dont les effets pervers bien connus dans le privé ont été fuis par nombre d'entre nous en choisissant notre profession.

 

Pour toutes ces raisons, le conseil des maîtres réuni le ____ janvier 2009 a décidé d'utiliser tout ou partie des outils d'évaluation produits par les instances ministérielles , de s'en inspirer au besoin pour améliorer les outils évaluatifs élaborés par l'équipe, de continuer à utiliser ces outils dans le cadre des bilans de connaissance communiqués aux parents,  de les corriger et en analyser les résultats en équipe mais de ne pas en faire de retour hiérarchique et de n'en permettre aucune publication.

Vous n'êtes pas sans savoir que cette analyse est partagée par de nombreux professionnels de l'enseignement dont de nombreux  IEN, la presse s'en étant largement fait l'écho.

Nous espérons donc être compris et soutenus dans ce positionnement que nous voulons constructif au service de notre efficacité pédagogique et pour la réussite de nos élèves.

 

Nous vous adressons, Madame l'Inspectrice,  nos respectueuses salutations.



Article ajouté le 2009-01-14 , consulté 2408 fois

Commentaires


MAB le 25/01/2009 à 17:18:22
Il est un peu tard pour réagir, je sais . Je n'ai pas fait passer ces évaluations car je ne me laisserai pas imposer une aberration pédagogique au sein de ma classe. On parle des problèmes avec la directrice. Dans mon école elle n'était pas d'accord avec ma position mais je lui ai expliqué que mon boycott la mettait elle à l'abri des sanctions puisque c'est ma décision et que je suis en cela appuyée par trois collègues de l'école. Nous avons fait une lettre à l'IEN et aux parents. Est-ce qu'il faut encore s'arrêter aux risques de sanction quand on est face à un gouvernement qui affiche clairement la volonté de casser noutre école publique laïque? Faut-il attendre les EPEP et la privatisation de l'école pour se bouger ?
Peut-être sommes nous encore dans une position trop confortable qui nous rend timorés, mais ce n'est pas quand il n'y aura plus rien à défendre qu'il faudra organiser la riposte. Nous devons aujourd'hui organiser la lutte collective et la désobéissance est un acte fort qui n'est pas compatible avec une position à mi chemin. J'exprime ici aussi ma colère contre la position su SE et du SNUIPP qui ne prenne en compte que l'aspect problématique de la date et pas du tout le problème de la mise en concurrence des établissements via la remontée des résultats. A mon avis aucun résultat ne doit remonter.
Nous n'avons plus le temps de tergiverser sur des détails, et nous devons également informer les parents et chercher leur soutien.
delf le 23/01/2009 à 11:48:27
Je suis une parent d'élève de CM1, mon enfant n'est pas encore concerné par ces évaluations mais je reste tout de même attentive à tout ce qui se passe actuellement. FredFlo attend que les parents se bougent. Pour ma part j'attend que le personnel enseignant de l'école de mon enfant nous informe de ce qui se passe, de ce qu'ils en pensent. C'est leur absence de communication et de positionnement qui ne mobilisent pas les parents. Beaucoup suivent le mouvement sans oser le critiquer: aidez-nous, vous personnel enseignant, à comprendre la dérive de telles demandes (la suppression des rased étant également inadmissible mais beaucoup ne voient pas l'intérêt de les soutenir!!!). Nous parents informés et concernés (ou consternés!), mobiliserons les autres et vous soutiendrons pour le bien de nos enfants.
Lolo le 22/01/2009 à 20:58:29
Je suis une élève de cm2,et,je sais que c'est un site pour les enseignants,mais,c'est les élèves qui passent les évaluations.Ma maîtresse a décidé de ne pas nous faire passer les éva.Dabord parce qu'il y avait bien trop d'absents et ensuite parce que le nivau était bien trop élevé pour nous.Notre maîtresse nous a expliqué que nous avons pas fini le programme scolaire,et
donc,qu'il y avait des éxercices dans les éva que nous n'avons pas encore vu cette année.Personnellement,je ne suis pas déçu de ne pas passer les éva et je comprends le choix de la maîtresse.

franck le 21/01/2009 à 09:11:48
Chiche! Jouons le jeu ( en l'expliquant avant aux élèves pour ne pas les désespérer) pour faire réagir les parents et ne pas passer dans l'opinion pour des raleurs qui s'opposent toujours au ministre. Par contre il y aura un gros travail de communication à faire envers les parents en leur donnant les résultats officiels des évals (et le but inavoué du besoin de réformer... vu le niveau qui sera évidemment catastrophique?) et les réussites réelles de leur enfant.

maildemer le 18/01/2009 à 23:19:17
et surtout la "versatilité"... désolé... je fatigue
maildemer le 18/01/2009 à 23:15:08
Et si jouer le jeu était la meilleure façon de faire réagir les parents ? Parce qu'il faut bien être honnête, bon nombre de personnes ne pensent qu'à leur pomme et il n'y a que les problèmes qui les touchent directement qui attirent leur attention. Oui, peut-être que l'humiliation que va subir leur enfant va les faire réfléchir et bouger. C'est horrible que les gamins soient victimes de tout cela mais cela bien longtemps que personne ne pensent plus à eux, hormis leur professeur...
Personnellement, je pense réunir tous les parents ensemble pour demonter ces evals indignes exemples à l'appui avant de leur remettre leurs "scores" perso et d'en remttre une couche en entretien privé. Je vais aussi faire "fluoter" par les enfants tous les exercices liés à des notions non-abordées (en jaune ce qu'on fera au second trimestre, en bleu ce qui est au menu du 3ème) et surtout corriger tous les exercices sous la forme habituelle (du type 3/5 etc.).Enfin, je pourrais remettre les cahiers aux parents pour qu'ils puissent voir où leur enfant en est vraiment et comprendre d'autant plus la versalité des chiffres.
Qu'en dites-vous ?
fontenille le 18/01/2009 à 19:05:14
dans le puy-de dôme environ 200 écoles sur 500 ne feront pas passer les évaluations ou seulement en partie.Nous refusons dans mon école d'avoir un comportement insensé :proposer en toute conscience de proposer des exercices à des enfants qui n'ont pas encore étudiées les notions
matt 59 le 18/01/2009 à 14:20:05
Bonjour à tous,
Tout comme Fredflo, je me demande que faire lundi.
Au début, je ne voulais pas faire passer les EVA, mais ça engage ma directrice. Et puis les élèves en ont entendu parler à la télé, et ils ont envie de les passer; ils prennent ça avec l'excitation de la veille d'un match... Je ne veux pas les décevoir.
Alors c'est sûr ils passeront les EVA, mais comment?
1/ Pas de bachotage qui mettrait en péril les progressions
2/ Ils se frotteront à tous les exercices pour avoir un aperçu de ce qu'il reste à apprendre
3/ Pas de stress, on sait on sait, on sait pas on essaie (c'est en se trompant qu'on apprend)
Voilà peut être les règles que je vais m'imposer.
Au niveau de la saisie des résultats, je ne sais pas trop mais je pense saisir les vrais résultats pour que notre hiérarchie se rende compte que ces EVA ne sont pas du tout adaptées et les modifie (je sais je sais, je suis optimiste). En revanche pour les enfants et leur famille, je coderai 1 tous les exercices pas encore abordés car je leur fais confiance et une foisla notion étudiée, ils y arriveront (en tout cas c'est ce que je leur dirai avec une sincère conviction)

Au miux demain je changerai d'avis et ne prendrai pas part à cette mascarade.
isa le 17/01/2009 à 09:21:32
pourquoi ne peut-on pas communiquer les résultats aux enfants, alors qu'ils sont en ligne depuis une dizaine de jours?
J'ai trouvé des commentaires intéressants sur le site 4tous.net/ecoledemain, je les transmets aux parents dès lundi.
Fredflo le 17/01/2009 à 08:09:25
je suis, nous sommes coincés quand même je trouve... On ne veut pas de cette évaluation, qui va détruire et le moral de nos élèves et l'école elle même! On ne veut pas de ce système qui va libéraliser l'école à plus ou moins long terme.
Mais que faire ? Je suis d'accord pour les A. Inutile ! Les élèves sont là, il suffit de regarder les cahiers d'appel... et puis c'est mentir que de dire qu'ils n'étaient pas là pour un ou deux exercices par ci par là.
Je pensais ne pas renvoyer les résultats mais ma collègue directrice a peur des sanctions, puisque c'est elle qui a la responsabilité de les envoyer. Je ne veux pas la mettre dans l'embarras.
Je pensais aussi ne pas remplir les items dont les leçons n'ont pas été faites mais ça bloque au niveau de la saisie.
Que faire ? Je suis de plus en plus remonté. Mais je ne vais pas risquer non plus les sanctions financières (la prime je m'en fous!) car la vie est assez difficile en ce moment, les crédits et le caddie ne se payent pas tout seuls!
Voilà où j'en suis maintenant. Que faire lundi?
Je ne donnerai pas les réponses c'est sûr, ni ne ferai du bachotage en maths. Mais je ne laisserai pas les élèves se faire laminer. En fait j'espère, j'espérai que les parents se bougent...
J'attends.
Pas en vain, j'espère.
Fredflo
sancy le 15/01/2009 à 18:17:35
Prendre des risques de sanctions financières n'est pas très grave au vue de ce pour quoi on nous prend mais c'est vrai que mettre des A me semble pas forcément judicieux je pense plutôt mettre un 1 aux items non traités en classe précédemment et pourquoi pas à tous les items car quitte à faire n'importe quoi avec cette mascarade d'évaluation autant ne pas se faire pénaliser par des gens qui en profiteraient sans aucun scrupule§!! L'intérêt des enfants étant ici complètement absent, cette nous qui sommes en cause gardons le à l'esprit.
Fred le 14/01/2009 à 22:39:33
Certes cela expose à des sanctions mais il faut arrêter d'user notre énergie à chercher des moyens d'actions en demi-teinte, confortables ou procédurières.

Par ailleurs je vois mal pourquoi mentir sur les absences ne susciterait pas de sanctions.

Aujourd'hui ce n'est pas un verrou légal (comme le fameux décret sur le volume horaire quotidien) qui fera reculer ce gouvernement.

Il est grand temps de choisir son camp et de le montrer, en un mot de mobiliser pour exprimer notre volonté.
Ali le 14/01/2009 à 22:30:58
Oui cela expose à des sanctions, mais là n'est pas le problème. Il s'agit d'affirmer des convictions et de décider de ce qui est juste en fonction de l'intérêt des élèves et de l'idée que nous avons de notre mission. Ecrire absent, c'est prendre les IEN pour des imbéciles. Il suffira de vérifier le cahier d'appel de l'enseignant ! La seule attitude claire et résistante, c'est de ne pas faire passer ces évaluations !
nanou le 14/01/2009 à 22:06:09
Attention, ne pas faire remonter les résultats des évaluations expose à des sanctions, entre autres financières, au titre du service non-fait. Il peut être tout aussi juducieux de gêner l'exploitation des résultats en codant A (élève absent) tous les exercices correspondant à des connaissances non encore étudiées... et en prenant soin d'adresser le tout au dernier moment (pour éviter qu'on ne demande au directeur de corriger un tel nombre d'absences). Ainsi, ces items seront neutralisés... et cela n'empêche nullement d'adresser le courrier en otant juste le début de la partie en gras.

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