Résistance pédagogique pour l'avenir de l'école

Lettre d'un directeur d'Aizenay (85) pour refuser les stages de remise à niveau pendant les vacances

Joël Blanchard
Professeur d'école
Directeur
Ecole Publique élémentaire
Groupe Scolaire Louis Buton
85190 Aizenay

                                                                                                                    mars 2008

à Monsieur l'Inspecteur d'Académie de la Vendée

S/c Monsieur l'Inspecteur de l'Education Nationale Roche Nord


Objet
 : Stage de remise à niveau proposés aux élèves présentant en fin d'école primaire des difficultés en français ou en mathématiques.

Monsieur l'Inspecteur d'Académie,

Considérant que les difficultés scolaires que peuvent rencontrer quelques enfants, en français et en mathématiques, relèvent d'un dispositif d'aide autrement plus complexe qu'une simple remédiation de quelques heures ;

Considérant que la prise en charge de ces enfants nécessite un travail d'équipe de professionnels (enseignants spécialisés des RASED, enseignants de la classe et du cycle…) travaillant en concertation ;

Considérant que les difficultés scolaires, en français et en mathématiques, cachent souvent aussi des difficultés dans d'autres domaines de compétences (expression orale, expression corporelle, expression artistique, sciences de la vie, langue vivante, informatique…) ou relationnelles, voire de comportement, dépendantes les unes des autres ;

Considérant qu'une des réponses à la réussite des élèves passe par des choix et des pratiques pédagogiques qui font largement appel à l'expression, à la création, à l'expérience mais aussi à l'individualisation et à la personnalisation des apprentissages dans le cadre d'une classe coopérative qui valorise et reconnaît au quotidien chaque enfant en tant qu'être ;

Considérant que ces stages sont la plus mauvaise solution à apporter aux enfants rencontrant des difficultés pour lesquelles quelques heures supplémentaires, ne pourront, par une simple répétition en petits groupes de ce qui se fait déjà au quotidien dans la classe, permettre de les sortir des difficultés sur lesquelles travaillent souvent les enseignants successifs depuis des années ;

Considérant que s'il existe une ligne budgétaire pour rémunérer en heures supplémentaires d'enseignement bénéficiant d'exonération fiscale et sociale,  majorées de 25%, des enseignants volontaires pour ces stages, il doit pouvoir exister un budget pour la création de postes d'enseignants susceptibles d'assurer l'intégralité des remplacements des enseignants indisponibles, de diminuer sensiblement le nombre d'élèves par classe, d'améliorer l'accueil dès 2 ans en école maternelle, ou de renforcer les moyens attribués aux RASED, mieux à même d'accompagner positivement les enfants en difficultés scolaires.

C'est pourquoi, dans le cadre de ma fonction de directeur, je vous informe, Monsieur l'Inspecteur d'Académie :

- que je n'informerai pas les familles de ce dispositif,

- que je ne participerai pas à la sélection des enfants de 2ème année et de 3ème année de cycle III ni dans ma classe, ni dans les autres classes de cycle III de l'école,

- que je n'établirai pas de bilan de compétences en français et en mathématiques d'élèves qui aurait été désignés dans ma classe ou dans mon école, à mon insu,

- que je ne me porterai pas candidat pour encadrer de tels stages,

- que je ne participerai, en aucun cas, à la mise en place pratique, avec la Mairie de tels stages dans l'école,

- que je dégage toute responsabilité en cas d'organisation, à mon insu, d'un tel stage dans l'école dont j'assume la direction.

Je vous prie de croire, Monsieur l'Inspecteur d'Académie, en l'expression de mes salutations les plus respectueuses et en mon profond dévouement au service public d'Education.

Joël Blanchard



Article ajouté le 2008-11-11 , consulté 1154 fois

Commentaires


véronique DECKER le 16/11/2008 à 23:40:25
Véronique DECKER
Ecole Marie CURIE
Cité Karl MARX
93000 BOBIGNY BOBIGNY, le 17 novembre 2008

Madame l’Inspectrice,
Je vous écris cette lettre car aujourd'hui, en conscience, je refuse d'obéir !
Le démantèlement des fondements de l'Education Nationale est un processus que je ne peux accepter sans réagir.
L'objet de ma lettre est de vous informer que je ne participerai pas à ce démantèlement. En conscience, je refuse de me prêter par ma collaboration active ou mon silence complice à la déconstruction du système éducatif de notre pays.
C'est pourquoi j'ai décidé, en toute responsabilité, de :
Ne pas poursuivre l’organisation de l’aide personnalisée, qui sert uniquement à masquer le projet de disparition des réseaux d’aide ; Je vais donc solliciter les enseignants de l’école et la municipalité de Bobigny pour trouver un dispositif qui accueillera tous les élèves, afin de retrouver 26 heures scolaires pour tous les enfants de notre école.
Ne pas relayer les résultats des évaluations nationales, car je considère comme honteux d’acheter les enseignants avec des primes de 400 euros alors que le gouvernement clame que les caisses sont vides lorsque nous sollicitons de l’aide pour les classes vertes ou la bibliothèque de l’école.
Ne plus répondre aux sollicitations des réunions, conférences, formations, tant que la garantie du maintien et même de l’extension des RASED ne sera pas assurée sur la ville et sur le département. Personne ne peut croire que une demi heure de soutien, le matin, le midi ou le soir peut remplacer le travail des RASED et l’accompagnement des équipes pour gérer la grande difficulté scolaire.
Chercher les moyens juridiques d’assigner l’Etat pour manquement à sa mission, car depuis plusieurs années, la médecine scolaire de la ville a des postes non pourvus, sans aucune réaction de l’Etat. Les visites obligatoires ne sont plus assurées, le suivi des PAI est défaillant, l’accueil des enfants handicapés indigne.
Je fais ce choix en pleine connaissance des risques que je prends, et aussi en soutien à mes collègues M. Refalo, et M. Braun qui ont déjà été convoqués par leur Inspecteur d’Académie au nom d’un devoir de réserve qui n’existe pas dans les textes pour les directeurs d’école. Mon projet et celui de l’équipe dans laquelle je travaille, c’est de construire une école du respect, de la coopération, de la solidarité et des progrès pour tous les élèves.
Je vous prie de recevoir, Madame l’Inspectrice, l'assurance de mes sentiments déterminés et respectueux.


séverine le 15/11/2008 à 20:59:22
Je suis admirative devant un tel courage !! et tellement d'accord avec ce qui est écrit ...
denis le 13/11/2008 à 12:55:37
Bravo

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