46 enseignants du Gers (32) écrivent une lettre au Ministre

Lettre envoyée au ministre par 46 enseignants du Gers (32) des communes de Auch, Cazaux-Savès, Encausse, Lombez, Mauvezin, Monblanc, Panjas, Pessan, Pompiac, Pujaudran, Samatan, Tournan. 

 

 

 Lundi 29 décembre 2008

 

 

A Monsieur Le Ministre de l’Education Nationale

Copie à Monsieur l’Inspecteur d’Académie

Copie à Monsieur l’Inspecteur ou Madame l’Inspectrice de

l’Education Nationale

 

 

 Monsieur Le Ministre,

 

 

Comme la très grande majorité de mes collègues, un sentiment de colère, d’impuissance, de dépit, de désenchantement et de révolte m’oblige à ne plus me taire. Je ne veux plus subir les réformes qui ne sont en fait que des manoeuvres pour démanteler l’école publique et laïque. Je suis convaincu(e) que toutes ces mesures, déjà prises ou  à venir, n’agiront pas dans l’intérêt de la scolarité de tous les élèves.

 

Je ne suis pas d’accord avec la suppression de milliers de postes qui entraînera une augmentation des effectifs dans les classes.

 

Je ne  suis pas d’accord  avec les nouveaux programmes, alourdis, qui créeront des difficultés supplémentaires du fait de l’apprentissage prématuré de notions trop complexes. Je déplore l’apprentissage par l’entraînement systématique, mécanique, recommandé par ces nouveaux programmes ainsi que le cloisonnement des disciplines. La transversalité, la pédagogie du projet, la mise en situation des élèves, l’expérimentation, la découverte deviennent des pratiques pédagogiques impossibles à mettre en œuvre.

 

Je ne suis pas d’accord avec la diminution de 2h du temps d’enseignement hebdomadaire (l’équivalent de 3 semaines/an) qui est contradictoire avec l’alourdissement des programmes.

 

Je ne  suis pas d’accord avec la mise en place de l’aide personnalisée qui constitue un prétexte à destination des parents pour supprimer les RASED. En outre, cette mesure n’est pas une solution efficace au traitement des difficultés qui sont très diverses, certaines générées par le contenu même de ces programmes.

 

Je refuse de participer aux stages de remise à niveau pendant les vacances scolaires qui ne permettront pas de rattraper les compétences non acquises sur le temps d’enseignement.

 

Je ne suis pas d’accord avec la déscolarisation des enfants de 2 ans qui annonce la disparition programmée de l’école maternelle, remplacée par des « jardins d’éveil », à la charge des communes et des familles. La maternelle est une véritable école qui apporte à tous les enfants les enseignements spécifiques primordiaux indispensables à la poursuite de leur scolarité.

 

Je ne suis pas d’accord avec l’étranglement financier des associations éducatives complémentaires de l’école, qui voit la réaffectation, dans les écoles des enseignants détachés, et par voie de conséquence, entraîne la disparition de leurs missions culturelles et sportives (Cinéma, théâtre, Usep, Coopératives scolaires, OCCE…).

 

Je ne suis pas d’accord avec le projet de mise en place d’une agence nationale du remplacement qui pourrait employer des maîtres non certifiés et précarisés parce qu’enseigner est un métier et pas seulement un emploi.

 

Je ne supporte plus le discrédit jeté sur notre profession, le mépris à notre égard et les déclarations insultantes.

Je dénonce les tentatives d’intimidation et les menaces de sanctions à notre encontre.

 

La mise en place d’un service minimum d’accueil et le financement d’une « veille de l’opinion » sur internet sont une atteinte au droit de grève et à la liberté d’expression.

 

Je m’inquiète de la suppression possible des IUFM avec une offre de formation allégée pour les futurs enseignants.

Je me méfie de la création des EPEP où les enseignants et parents seront minoritaires au sein des conseils d’administration.

 

Dans ce contexte, je ne peux plus assumer les missions qui jusque là étaient celles de l’école : éduquer et instruire en donnant toutes ses chances à chaque élève sans aucune distinction.

 

Je suis ainsi prêt(e) à envisager toute forme d’action collective qui viserait à arrêter le démantèlement de l’école publique.

 

Les enseignants et tous les professionnels concernés par l’enseignement doivent redevenir les acteurs incontournables de toute réflexion sur l’école.

 

En vous assurant de la haute estime en laquelle je tiens ma mission, je vous prie d’agréer, Monsieur Le Ministre, l’expression de ma considération distinguée.

 



30/12/2008
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